"AILLEURS" Long métrage d'animation

RÉSUMÉ

Un biplan, piloté par Jules, tombe du ciel sur Dobryna, ville aérienne composée d’une centaine de ballons et ancrée en pleine mer depuis plus de dix ans. C’est une révolution chez ces défenseurs du plus léger que l’air. Par ailleurs, Uncle Prudent, le maire de Dobryna, refuse de payer à Robur le conquérant l’augmentation de l’impôt. Robur coupe alors toute fourniture de gaz ; la flottabilité aérienne de Dobryna est compromise. Jules prend en main la destinée de la cité sous l’œil amoureux de Nina-Rose, la fille d’Uncle Prudent. Jules prend la décision de couper la ligne de mouillage. Dobryna est à lamerci des vents. Tous sont entraînés dans des aventures aériennes riches en rebondissements, car Robur est à leurs trousses avec son vaisseau de guerre L’Albatros.

copyright Erik GeslinAuteur - réalisateur : Pierre MATHIOTE

Directeur artistique : Erik GESLIN

Durée : 100'

Trailer développé en partenariat avec le studio OMNIBUS (Canada)

SACD - WGA

 

Image copyright Erik Geslin

 


NOTE D’INTENTION DE L’AUTEUR

Jules Verne est, à travers le monde, une référence incontournable des lectures émerveillées de l’enfance. Son œuvre est une inépuisable source d’inspiration, 20 000 lieues sous les mers, De la terre à la lune, ou encore Le tour du monde en 80 jours, compte parmi ses ouvrages les plus connus. Une œuvre qui côtoie toujours la réalité, disons une réalité possible, du fait que les lois de la dynamique, de la physique et de l’évolution astronomique, sont déviées par l’imagination du romancier. Pourtant, l’univers de Jules Verne, qui reprend des thématiques au cœur des préoccupations de ses contemporains, tend à tomber dans l’oubli.

Pourquoi ?

Parce que peu de réalisations cinématographiques, d’animations traditionnelles ou de synthèse, tirent réellement partie du potentiel énorme que représentent la diversité et la pertinence scientifique des sujets évoqués dans les histoires de Jules Verne. Son œuvre est géographique, incontestablement. Elle s’inscrit dans la perspective d’un monde héroïque qui met en scène des personnages affrontant de terribles dangers et faisant le tour du monde pour accomplir des projets insensés. Nous sommes partis de ce postulat. Et si l’œuvre est littéraire, assurément, elle est aussi épique, poétique, humoristique ; les trois piliers de notre projet.

Les personnages de Ailleurs vont quitter leur monde ordinaire pour découvrir l’univers extraordinaire des épreuves imposées, du chaos. Ils vont rencontrer la mort et y échapper, s’instruire en chemin à la lumière de ces expériences et puis revenir, transformés ; autant d’étapes d’un voyage qui les mèneront vers une nouvelle naissance – spirituelle et symbolique –, afin de trouver leur place dans le monde. De profanes, ils renaîtront initiés.
Ce voyage du héros, propre à la mythologie, est un parcours initiatique comme le propose un conte philosophique comme Candide de Voltaire ou encore la saga Star Wars de George Lucas.

Une remarque néanmoins sur cet aspect du voyage dans la dramaturgie. Dans les films d’animation comme Les Croods, l’Âge de glace ou Là-haut, films par ailleurs remarquables, le changement de décors se fait souvent par la volonté du scénariste plus que par les circonstances. Pour ne prendre que Là-haut et Les Croods, le groupe doit atteindre de façon arbitraire cette montagne au loin. Les auteurs ont bien sûr pris soin d’utiliser un outil classique de la mythologie : le refus de l’appel. Dans Ailleurs les changements de décors se font naturellement puisque la cité aérienne de Dobryna joue dans un premier le rôle de catalyseur des conflits par son unité de lieu, et d’un ailleurs naturel lorsque la cité aérienne de Dobryna est livrée au caprice du vent après la rupture de son câble qui la relie à son mouillage.

Je propose donc, par le biais du long métrage d’animation Ailleurs, de faire découvrir les mondes volants de Jules Verne dans une dramaturgie de divertissement, mais pas seulement. Ces mondes sont moins connus du public que les mondes marins immortalisés par l’histoire du Capitaine Nemo ou les mondes du feu et de la terre avec Voyage au centre de la terre, alors que, paradoxalement, l’univers aérien était très important pour Jules Verne. Pour exemple, Jules Verne était membre de la société d’encouragement pour la locomotion aérienne au moyen d’appareils plus lourds que l’air, dont son grand ami Felix Tournachon, plus connu sous le pseudonyme de Nadar, était le président fondateur.

Image copyright Erik Geslin

 

Le thème de Ailleurs est axé sur la bataille idéologique qui opposait, à l’époque, les partisans du plus lourd que l’air à ceux du plus léger que l’air.

La fin du film est empruntée à Hector Servadac (1877), roman sous-titré Voyages et aventures à travers le monde solaire. L’aventure se déroule sur un bout de Terre arraché par une comète. Ce roman n’est pas sans rappeler la théorie de Buffon pour qui la terre aurait été formée par de la matière solaire arrachée par une comète.

Une autre remarque quant au climax de Ailleurs (la défaite du plus lourd que l’air, symbolisée par la chute du vaisseau « L’Albatros ») est à signaler. Elle semble aller en contradiction avec les convictions de Jules Verne qui se sont d’ailleurs avérées juste puisque les avions, et donc les plus lourds que l’air, ont effectivement eu gain de cause et supplantés les zeppelins et autres aérostats. Notre choix de la victoire du plus léger que l’air s’appuie sur le pessimisme qui caractérise la fin de la vie de l’écrivain vis-à-vis de la technologie. On peut mentionner à cet égard le changement radical du personnage de Robur, conquérant au grand cœur dans Robur le conquérant qui devient un fou orgueilleux dans Maître du monde, écrit par Jules Verne seulement un an avant sa mort. Citons aussi une des dernières phrases de Robur le conquérant : « Quant à l’avenir de la locomotion aérienne, il appartient à l’aéronef, non à l’aérostat ». Dans Maître du monde, Robur terrorise la population à bord de « L’épouvante ». Il illustre parfaitement le changement de point de vue de Jules Verne vis-à-vis du progrès technique. La science n’est plus alors objet de confiance, elle est à redouter.

Pourquoi un film d’animation ?

Quelle meilleure réponse que l’animation pour exposer des thèmes aussi ardus que les lois de la dynamique, de la physique, ou de l’évolution astronomique… déviées par l’imagination du romancier. Comme le dit Robur : « La Science ne doit pas devancer les moeurs. Ce sont des évolutions, non des révolutions qu’il nous faut ». Ainsi le prophète Jules Verne a-t-il vu exactement tout ce que le savant était capable de tirer d’une invention « qui ne vient pas en son temps ». L’animation est un bon moyen pour raconter Jules Verne dans toute sa dimension, dans toutes ses dimensions. Pour mieux s’en convaincre, il suffit d’analyser dans quelle économie se situerait le scénario de Ailleurs s’il fallait le traiter dans une approche cinématographique traditionnelle. Peut-être suffit-il simplement de regarder les gravures et les dessins de l’époque qui nous ont tant fait rêver, pour mesurer la difficulté de tourner en décor naturel.

L’animation est un outil formidable au service de la dramaturgie et permet des opportunités de création infinie. L’auteur peut exploiter au mieux l’imaginaire même de Jules Verne, et plus particulièrement les quelque dix romans sur plus de quatre-vingt, qui traitent du monde aérien.

Toute la magie qu’offre Jules Verne à ses lecteurs à travers ses romans a aujourd’hui sa place à l’écran pour émerveiller les spectateurs. Des spectateurs qui pourront apprécier Ailleurs soit en tant que film d’animation sans référentiel, soit aussi comme faisant montre de nombreuses références à l’œuvre de Jules Verne, puisque les lieux, les noms, certains décors, voire situations, sont empruntés à une dizaine de romans qui constituent l’essentiel du thème choisi, parmi lesquels : De la terre à la lune (1865), Autour de la lune (1869), Hector Servadac (1877), Robur le conquérant (1886). Tout un univers qui revêt une dimension poétique, pour ne pas dire merveilleuse. C’est par ce biais que Jules Verne a participé à l’imaginaire d’une époque où la géographie faisait rêver.

Jules Verne, en tant que précurseur et amoureux des nouvelles technologies, aurait certainement été enthousiasmé par un tel projet !

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