L'Arbre

« L’Arbre est l’histoire de ma grand-mère Azniv Martirossian. C’est elle qui m’a raconté le génocide de 1915 dont elle fut la seule survivante des 38 membres de ma famille. Involontairement, cela est devenu une partie de ma vie. J'étais si profondément impressionné que j’ai le sentiment d’avoir tout vu de mes propres yeux. Ses récits sur les massacres des enfants se sont imprimés dans ma conscience. Je me souviens que lorsque ma grand-mère me racontait son histoire, elle devenait parfois silencieuse et son visage restait distant, froid ; elle disait qu’elle ne se souvenait plus de rien. Plus tard, après sa mort, j'ai compris qu'elle se souvenait de tout mais qu’elle ne voulait pas gâcher notre insouciance d’adolescents avec ses récits d’horreurs perpétrés par le gouvernement turc. Après un siècle de séparation, je reviens en Anatolie qui fut autrefois l’Arménie occidentale, pour refaire le parcours de sa déportation. »

Cette histoire personnelle appartient à l’histoire collective de tous les arméniens.

 

Auteur - réalisateur : Hakob MELKONYAN

BANDE ANNONCE L'ARBRE

https://vimeo.com/user3430702/review/120493489/2014c04bfe

 

Une coproduction TOUTE L'HISTOIRE / CINAPS TV

Avec la participation du CNC

Avec la participation de la Région Midi-Pyrénées

Avec la participation de la Procirep et de l'Angoa.

Avec le soutien de la Fondation pour la mémoire de la Shoah

 

 

 

Depuis ma tendre enfance, j'ai entendu les histoires que me racontait ma grand-mère, photos à l’appui. Involontairement cela est devenu une partie de ma vie. J'étais si profondément impressionné qu'il me semble souvent que j'ai tout vu de mes propres yeux et que je ne suis pas seulement une personne de la 3ème génération de survivants.

Ses récits concernant le génocide et les massacres des enfants se sont imprimés dans ma conscience.

Des années plus tard, j'ai commencé à faire des recherches (en tant qu'étudiant) à partir des sources arméniennes, allemandes, autrichiennes, suisses, suédoises, françaises, américaines, russes et turques (Je lis l’allemand, le russe et bien sûr l’arménien) et en étudiant les témoignages des témoins oculaires. Toutes les preuves étaient là, devant mes yeux, tant par des anonymes que par des spécialistes et les archives conservés de l’époque.

Je me souviens que pendant que ma grand-mère me racontait son histoire, elle devenait parfois silencieuse et son visage devenait distant, froid ; elle disait qu’elle ne se souvenait plus de rien. Plus tard, après sa mort, j'ai compris qu'elle se souvenait de tout mais qu’elle ne voulait pas gâcher notre insouciance d’adolescents avec ses récits d’horreurs perpétrés par le gouvernement Turque. J'ai découvert plus tard notamment comment les soldats turcs enteraient les enfants vivants dans des fosses géantes. Comment aussi ils étaient tués par les vapeurs chaudes (dans les bains turcs), une méthode qui nous rappelle les chambres à gaz nazis. En fait, ce sont les responsables de l’armée allemande qui ont suggéré cette « méthode » aux Turcs, étant des alliés pendant la Première Guerre mondiale. Plus tard ils ont utilisé ces « méthodes » contre les Juifs. La preuve éclatante est donnée le 24 août 1939 par Hitler, quand il déclarait : « tuez sans pitié, sans distinction, hommes, femmes et enfants. Qui se rappelle de l'extermination du peuple arménien? »

À l'époque je n'avais pas de caméra vidéo pour filmer ma grand-mère, mais au moins, à la faveur de son récit, ai-je pu écrire quelques pages. Je vais les présenter autant que possible objectivement. Ses récits, ses descriptions sur les gens connus de cette époque m’ont beaucoup intrigué et j’ai voulu en savoir davantage. Cette envie de découverte était surtout basée sur une sorte de nostalgie de ma part, de manque. C’était de voir la maison qu’elle a été contrainte de quitter précipitamment, la grange, où avaient été pendus par les gendarmes turcs, la plupart des membres de sa famille ; découvrir les chemins que ma grand-mère a empruntés durant des jours et des jours en y laissant ses petits camarades. Je veux rencontrer les gens qui y habitent actuellement, les Kurdes et les Turcs, qui se sont appropriés les maisons des Arméniens. Je veux entendre de leur bouche tout récit concernant mes ancêtres pour mieux comprendre leur sort tragique.

Après un siècle de séparation, ponctué par quelques souvenirs et une lettre, le silence, monsilence, trouve enfin une parole.

Hakob MELKONYAN

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